Projet de recherche

Violence dans les relations intimes à l’adolescence en contextes de diversité et de vulnérabilité : perspectives croisées des adolescent·es et des intervenant·es pour des interventions adaptées

Sanhueza Morales, T. (chercheuse principale); Touati, N. (cochercheure); Rodriguez del Barrio, L. (cochercheure) (Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) – Engagement partenarial, 2026-2028)

Resumé

La violence dans les relations intimes (VRI) à l’adolescence constitue un problème majeur de santé publique et social (Organisation mondiale de la Santé, 2024). Plusieurs études révèlent une prévalence élevée, de même qu’une augmentation récente au Québec (INSPQ, 2024). Pourtant, la majorité des adolescent·es concerné·es ne sollicitent pas d’aide, ce qui accroît le risque de revictimisation à l’âge adulte.

Bien que plusieurs facteurs individuels et relationnels contribuent à la VRI à l’adolescence — tels que la difficulté à reconnaître la violence ou des compétences limitées en résolution de conflits — les adolescent·es situé·es à l’intersection de multiples rapports d’oppression (notamment le sexisme, le racisme et l’homophobie) présentent un risque accru de VRI et rencontrent des obstacles importants dans l’accès à des services adaptés (Statistique Canada, 2024). Les contextes de marginalisation génèrent des besoins spécifiques qui dépassent les réponses traditionnelles à la VRI et appellent des interventions sensibles aux rapports de pouvoir, au stress lié à l’oppression et aux facteurs sociaux et structurels.

Or, malgré le rôle central des intervenant·es dans la prévention et l’intervention en matière de VRI, les pratiques déployées auprès d’adolescent·es en contextes de diversité et de vulnérabilité demeurent peu documentées. Cette lacune limite le développement de réponses équitables et adaptées à leurs réalités. De plus, les connaissances et les pratiques actuelles ont principalement été développées auprès de populations adultes, tandis que les stratégies de prévention universelles, notamment en milieu scolaire, demeurent limitées, ce qui restreint leur transférabilité auprès ces adolescent·es.

En réponse à ces constats, ce projet propose une approche intersectionnelle des expériences de VRI et des pratiques d’intervention, ancrée dans une démarche de co-construction des connaissances avec les acteur·rices concerné·es. Il vise à renforcer la pertinence scientifique et les retombées sociales des résultats, tout en comblant une lacune importante entre les expériences des adolescent·es et les réalités des pratiques d’intervention.

L’objectif général est de mieux comprendre les pratiques, les savoirs et les défis rencontrés par des intervenant·es de différents secteurs en matière de VRI à l’adolescence, ainsi que la manière dont ces interventions répondent — ou non — aux besoins d’adolescent·es vivant la VRI en contextes de diversité et de vulnérabilité, en intégrant les perspectives des adolescent·es et des intervenant·es.

La mobilisation conjointe de la théorie intersectionnelle et de la théorie des pratiques permettra d’analyser la prise en compte de la diversité des trajectoires des adolescent·es, des rapports de pouvoir structurels et des cadres normatifs des intervenant·es, tout en identifiant des conditions favorables à des interventions plus équitables et inclusives.

Une étude qualitative sera menée auprès d’adolescent·es âgé·es de 14 à 19 ans ayant vécu de la VRI et se situant dans différents contextes d’oppression, ainsi qu’auprès d’intervenant·es issu·es de divers secteurs (éducation, santé et services sociaux, services policiers, milieu communautaire). La collecte de données se déroulera à Montréal (Nord et Est) et dans la ville de Québec afin d’assurer une diversité des contextes étudiés.

Le projet produira des connaissances empiriques utiles et transférables, avec des retombées scientifiques et sociétales, tout en renouvelant les cadres d’analyse et d’intervention sur les VRI à l’adolescence.

Le comité 23 est requis en raison de la multidisciplinarité de l’équipe et de l’apport théorique et méthodologique d’au moins trois disciplines : le travail social, la sexologie et la sociologie.

Tatiana Sanhueza Morales

Chercheuse en résidence - Professeure d’associée à l'ENAP

Nassera Touati

Professeure, École nationale d’administration publique

Lourdes Rodriguez-del-Barrio

Directrice scientifique, Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions